Chronique Fred C. – Le 1er album Van Halen fête ses 40 ans : it’s the one !

Le 10 février 1978 se produisit une déflagration comme le monde de la musique en connaît parfois... un de ces événements marquants qui fait prendre immédiatement conscience (sans même attendre le recul des années) qu’il y aura un avant et un après...

C’est la sortie d’un album dont on fête, en ce début 2018, les 40 ans et cette galette (comme on appelait les disques à l’époque) c’est le premier album de Van Halen !

Plutôt que de narrer la genèse de cette pépite que d’autres détailleront bien mieux que moi, je m’en vais plutôt vous conter ma (petite) histoire ; celle qui me mit en contact de manière bien singulière avec ce disque légendaire...

J’ai découvert l’album avec 2 petites années de retard en 1980 à l’âge de 13 ans, alors que j’avais entendu un court extrait du 3ème album (Women & children first), sans même savoir qu’il s’agissait de Van Halen ! C’est singulier ou ça l’est pas !

Quelques semaines avant la rentrée scolaire, il me prend « la bonne idée » d’effectuer un petit séjour d’une semaine à l’hôpital suite à un « accident domestique pas grave » (comme disait un vieux sketch des guignols se moquant de la « nouvelle chanson française »).

Je me retrouve ainsi à partager ma chambre avec un gars, qui lui, avait eu un accident sacrément grave puisque cela faisait 4 mois qu’il était hospitalisé suite à une très sévère chute à moto causée par un choc avec un automobiliste (je vous épargne les détails...).

Premier signe qui attira forcément mon attention, ce voisin de chambre plus âgé que moi (entre 18 et 20 ans), affichait à côté de son lit un ostentatoire (pléonasme 😉 poster de Kiss !

Un peu intimidé, je ne moufte pas mais me dis que ce séjour à l’hôpital ne s’annonce peut être finalement pas si mal que ça... Je n’étais pas au bout de mes surprises !...

La semaine à l’hôpital s’écoule tranquillement quand un après-midi alors qu’on regardait la télé, l’émission musicale  « Studio 3 », qui clôturait les « Visiteurs du mercredi », débute avec la bande son du générique méchamment Rock !

Et là je m’exclame : « Ah j’adore la musique de ce générique ! »

Mon voisin de chambre me répond alors du ton de celui qui connaît ses classiques : « Oui, c’est Van Halen... »

Moi, tout éberlué de pouvoir mettre enfin un nom sur cette bande son dont je pensais naïvement qu’elle avait été créée pour les besoins de l’émission :

« Qui ça ?!...»

Je vois alors mon fan de Kiss se retourner, consterné par une telle inculture musicale, me dire :

« Quoi ?!!... tu connais pas Van Halen ?!!... »

D’autorité, il se saisit de la télécommande, éteint la télé et me sermonne tel un grand frère :

« Toi, tu vas me faire le plaisir d’écouter ça ! ».

Il empoigne alors une cassette audio (hé oui, on est 1980 😉 la glisse dans le lecteur de son imposant radio-cassettes stéréo et appuie sur Play... un son vient alors emplir la chambre :

« hainnnnnnnn-hannnnnnn-honnnnn.... dom...dom...dom...dom...dom...dom... dom... »

L’intro. de « Runnin’ with the devil » et ce qui suivit, venait de m’agripper les tympans pour ne plus jamais les lâcher...

Quel riff, quel son, quelle énergie !

Moi qui était, à cette époque, du genre à estimer devoir apprécier un morceau tout de suite, sinon je ne l’apprécierais jamais, j’étais servi !

Après ce 1er « effet Kiss (haha !) cool », survint le « 2e effet Kiss cool » : « Patraaa... baddalabom... baddalabom... Wroaannn... Daaannnn !!! »... Éruption, le bien nommé, se mettait à déverser son magma de notes en fusion... : « Bon sang... mais qu’est ce que c’est que ça ?!!... » comme se sont sûrement dit des millions de personnes sur cette planète en découvrant cet instrumental d’une autre dimension... la bouche (sûrement 😉 ouverte, mon écoute se poursuivit jusqu’au bouquet final et au célebrissime plan en tapping (technique qui m’était évidemment inconnue à l’époque) et qui me fit dire : « ‘ de dieu... mais c’est quoi encore ça ?! De la guitare ?! On dirait du clavier... oO».

Et puis s’enchaînent « You really got me » «  Ain’t talking about love » et enfin « I’m the One »...

Je venais de me prendre une de mes plus grandes baffes musicales et m’écouter une des meilleures première faces de l’histoire du Rock... du même acabit que celle du Led Zep IV (que je ne connaissais pas encore à l’époque...).

Une des premières choses que je fis en sortant de l’hôpital fut évidemment de me procurer l’album : après le choc musical, ce fut le choc visuel à travers la pochette de disque (vinyle à l’époque).

Quand on sait la première qui avait été proposée au groupe qui, furax du résultat la refusa, on se dit qu’ils ont fichtrement bien fait !...

Tout aussi simple qu’efficace, une « art cover » divisée en 4 cases où prenait place chaque musicien en pose déchaînée, agrémenté de légers effets graphiques façon « traînées de rémanence » sur certaines parties des instruments, un logo au style très en vogue à l’époque avec ses reflets métalliques (là aussi quand on pense à la tentative du précédent logo...) et ce nom de groupe si peu banal qui claquait tellement classe à l’oreille et qui me fit sûrement le même effet qu’à David Lee Roth, puisque c’est lui qui le suggéra au reste du groupe en remplacement de leur précédent nom, « Mammoth ».

Last but not least, il y avait aussi cette guitare intrigante sur la pochette , sorte de « Strat » bariolée dont quelques « stripes » semblaient se faire la malle avec l’effet graphique décrit plus haut... (au point qu’il m’est arrivé de douter de la réalité de cette deco. dans un 1er temps 😉

Enfin, une pochette intérieure avec à nouveau les 4 musiciens dégoulinant de sueur aux visages soit exténués, soit complètement déments (n’est ce pas monsieur le batteur ?... 😉

Bref, une « vitrine » en parfaite harmonie avec la furie de la « marchandise » et qui laissait le jeune ado. que j’étais, complètement fasciné...

Musicalement, je mis du temps à apprécier tout l’album (sa 2ème face comprise donc) tellement je fus marqué par ce souvenir de l’écoute de la 1ère face pendant ce séjour à l’hôpital...

J’avais par exemple un peu de mal avec l’aspect « catchy » de « Jamie’s cryring » à côté de la furia d’ « I’m the One ».

« Feel Your Love Tonight » et « Little Dreamer » me paraissaient un peu faiblardes, quant à « Ice Cream Man » elle sonnait, à cette époque, trop Rock’n’Roll pour moi.

Mais avec le temps, j’appris à apprécier l’album dans sa totalité et donc aussi cette face 2 ; aidé que je fus par les bombes « Atomic punk » et « On fire » 😉

Très vite ce 1er album intégra ma propre fameuse « playlist des 10 albums qu’on glisserait dans sa valise si on devait séjourner sur une île déserte » mais surtout, moi qui étais alors dingue de batterie sans même en jouer (je continue d’ailleurs toujours d’adorer cet instrument !), ce disque me fit tout simplement basculer du côté de la pratique instrumentale en général et de la six cordes en particulier... à nouveau, comme sûrement beaucoup de personnes en ce bas monde après l’avoir écouté.

Bref, 40 ans après et alors que j’en connais chaque recoin, chaque seconde de musique, ce 1er album me procure toujours les mêmes sensations que le jour de sa découverte dans cette chambre d’hôpital : la même excitation intérieure me saisit quand le mode shuffle du player décide de jouer par exemple « I’m The One » : le plaisir reste absolument intact, sans la moindre once de lassitude...

Je m’étonne d’ailleurs moi même de ne pas être lassé après toutes ces années et j’ai souvent essayé de comprendre pourquoi : certes il y a le souvenir que cela véhicule mais plus objectivement, c’est juste un sacré foutu de p***** de bon album ! Une alchimie quasi parfaite entre super compo., virtuosité, mélodies accrocheuses (du chant ET des chœurs avec l’indispensable voix de Mike Anthony !)@, son énorme, complémentarité des musiciens (et parmi elle, la complicité des 2 frangins mériterait un article dédié...), titres ravageurs ou plus accessibles etc etc

Un son et un style aussi qui ne détonnent pas tant que ça après 40 ans (quand même !).

J’en veux pour preuve la réaction de proches ou d’amis à qui il m’est arrivé de faire écouter quelques extraits de cet album, alors qu’ils ne connaissaient de Van Halen que Jump et Panama (au mieux) en leur précisant :

« tu veux vraiment savoir ce qu’est Van Halen ? Écoute ça...».

La réaction fut à chaque fois des yeux écarquillés avec ce commentaire :

« La vache !! Je ne connaissais pas... et ça date de 78 ?! C’est dingue comme ça sonne moderne ! ».

Ce 1er album de Van Halen est un peu au Rock ce que « 2001, l’odyssée de l’espace » est à la science-fiction au cinéma : on voit que ça date au niveau des fringues mais sinon, ça n’a pas pris une ride... une œuvre de référence des « mighty Van Halen » qu’on continuera de citer encore longtemps...

La pochette refusée de Van Halen 1

Mon top 3

(« Eruption » hors concours 😉

1 - I’m the one

  • Pour la furie générale du titre
  • Pour ce riff plein de swing qui n’est qu’un boogie sur vitaminé
  • Pour les nombreux fills et solos
  • et pour ce break vocal aussi fun qu’inattendu « bapalla choubidouwaaa... »

2 - Atomic Punk

  • Pour son intro dans la série « comment il fait ça ?! » (j’ai su depuis... 😉
  • Pour le solo englué d’effet phaser
  • Pour les fills du père Eddie (mais on pourrait dire ça pour chaque titre !)
  • Et pour l’outro et ce feed-back criard improbable !

3 - On Fire

  • Pour cette harmonique d’intro sorti d’on ne sait où... (là aussi, je sais désormais)
  • Pour ces accords du pont qui précède le solo
  • Pour les gueulantes et fantaisies vocales de David Lee Roth (le woooo... wooooo... simulant une sirène)
  • car on pouvait pas trouver meilleur titre pour terminer un tel album !

Quelques infos sur l’album

  • Durée : 35’13’’
  • Producteur : Ted Templemann
  • 11 titres
  • Lieu d’enregistrement : Sunset Studio de LA
  • Durée d’enregistrement : 18 jours
  • Nombre de prises par titre : 1 à 3 max.
  • Conditions d’enregistrement : live
  • Ventes et certifications : 15 millions d’albums (10 X disques de platines, soit disque de diamant)

Fred C.

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Un grand merci à Fred C. pour la rédaction de cet article

En attendant le prochain article, continuez à bien jouer de la guitare !

Pierre Journel.

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